Quinoa: une petite graine très précieuse…


Une petite graine qui mérite toute notre attention!

Le Quinoa, vous connaissez?

Autrement appelée Riz des Incas, cette petite graine, consommée de manière traditionnelle depuis environ 6000 ans dans les Andes, demeure aujourd’hui encore un aliment de base pour les populations locales. Depuis une quinzaine d’années, les pays Européens, au premier rang desquels on trouve la France (premier consommateur Européen) , l’Amérique du Nord mais aussi le Japon, ont découvert ses merveilleuses vertus nutritionnelles, ce qui a fait exploser la production en Bolivie essentiellement. Cela n’est d’ailleurs pas sans poser de problème localement sur le plan économique et écologique.

Graines de Quinoa

Graines de Quinoa

Longtemps ignorée du grand public car disponible seulement en magasin biologique, le quinoa se trouve aujourd’hui à peu près partout en France, dans les rayons bio ou équitable des supermarchés.

Au-delà d’un inévitable et indéniable effet de mode exotique, le quinoa est un produit précieux pour les végétariens bien sûr, mais aussi pour tous ceux qui souhaitent diminuer leur consommation de produits carnés.

Plan du Post

Un peu d’histoire

Le nom de Quinoacorrespond à la version espagnole du mot Quechua Kinwa.Le Quechua était la langue officielle des Incas. Il s’agit aujourd’hui d’un dialecte toujours parlé dans certaines régions des Andes.Source Wikipédia pour Kinwa
Les Incas, pour qui il s’agissait d’une graine sacrée, la désignait sous le nom de « chisaya mama »: la mère de toutes les graines. Les conquistadors espagnols ont bien sûr voulu éradiquer la consommation de cette plante dont ils ne comprenaient pas l’intérêt nutritionnel et qu’ils qualifiaient de nourriture pour indiens, indigne de tout bon chrétien.
Les populations rurales des hauts plateaux ont toutefois toujours cultivé le Quinoa dont ils consomment les graines mais aussi parfois les feuilles.

Un peu de Géographie

quinoa-carteLe Quinoa pousse naturellement sur les hauts plateaux des Andes, essentiellement en Bolivie, au Pérou, mais aussi en Equateur, au Chili, voir en Colombie, où elle s’adapte parfaitement jusqu’à une altitude de 4000 mètres. Cette plante très rustique mérite d’être étudiée non seulement pour ses qualités nutritives mais aussi pour sa rusticité puisqu’elle prospère dans des milieux où l’altitude et donc le gel, mais aussi le vent, la sécheresse et les fortes radiations solaires, un sol pauvre, sont classiquement considérés comme autant de facteurs de stress pour toute végétation. De plus, le Quinoa supporte une salinité importante puisque la zone de plus grande production de Quinoa dans le monde correspond à la région des Salars de l’Altiplano au sud de la Bolivie. Cette plante développe donc des capacités étonnantes d’adaptation.

Un peu de Botanique

Inflorescences en grappes du Quinoa<br /><b>Photo de Thiery Winkel - IRD</b>

Inflorescences en grappes du Quinoa
Photo de Thiery Winkel - IRD

Le quinoa est une plante herbacée de la famille des Chenopodium. Il ne s’agit pas d’une céréale au sens botanique du terme mais plutôt d’une sorte d’épinard sauvage. Elle est toutefois consommée comme une céréale et l’on parle alors de pseudo-céréale.

De très nombreuses variétés de Quinoa sont cultivées en Amérique du Sud, cette variabilité se traduisant par une grande diversité morphologique: taille et forme de la plante et des inflorescences, couleurs des tiges et des graines, teneur en protéines et en saponine. On observe également une variabilité en fonction du lieu de culture et du climat local. Des études sont menées pour répertorier les principales variétés et déterminer leurs caractéristiques afin d’optimiser la culture en fonction des données environnementales.

La variété la plus renommée est le quinoa Real, très apprécié, pauvre en Saponine, mais uniquement cultivé dans la région des salars du sud bolivien.

Qualités nutritionnelles

Le Quinoa se caractérise par une teneur globale élevée en protéines : 14 à 21 %, contre 7 à 12 % Données tirées du document: Le Quinoa en Bolivie , publication 2008 de l’IRD, du CNRS et de l’Université belge de Gembloux – page11.chez la plupart des céréales (blé, riz, maïs, orge, etc.). Sa composition est, de plus, particulièrement riche et équilibrée en acides aminés essentiels.Voir sur ce blog le post de février 2009: Pour en finir avec la légende…
post sur les associations alimentaires et la complémentarité des protéines.

Cette grande richesse, le quinoa le doit à la présence d’un germe très volumineux au sein de la graine, comparé aux autres céréales. Sa composition bien équilibrée et sa richesse en lysine le distinguent des céréales pour lesquelles la lysine est le facteur limitant habituel.
Voir les résultats détaillés présentés dans le pdf téléchargeable ci-contre.

Richesse en Lysine du Quinoa
Acides aminés limitants    —› Lysine Méthionine(1)
Afssa 2007Afssa : Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments.
Pour consulter le document intégral:
Apport en protéines : consommation,
qualité, besoins et recommandations
(Tableau 58 page 210)
Besoins estimés en mg/g de protéine (2) 45mg 23mg
Quinoa mg /g protéine (3) 54mg 36mg
Légumineuse mg /g protéine Tofu (3) 66mg 27mg
Céréale mg /g protéine Pain blanc (3) 27mg 39mg
Fromage mg /g protéine Chèvre (3) 72mg 31mg

Le Quinoa est également recherché pour sa richesse en minéraux. Comparé à des céréales, comme le riz, le maïs, le blé, sa composition minérale est sans appel.

Composition en minéraux du Quinoa et autres céréales
Minéraux en mg (*) Ca Fe Mg P K Na Zn Cu Mn Se
Quinoa cru (100g) 47 4,57 197 457 563 5 3,10 0,59 2,03 8,50
farine blé (100g) 15 1,17 22 108 107 2 0,70 0,14 0,68 33,9
riz cru (100g) 28 0,80 25 115 115 5 1,09 0,22 1,09 15,10
maïs jaune cru (100g) 2 0,52 37 89 270 15 0,45 0,05 0,16 0,60
  • (*) Valeurs exprimées en mg pour 100g d’aliment cru et extraites de la base de données de L’USDA.USDA: United States Department of Agriculture.
    Pour une recherche sur un aliment:
    USDA Nutrient Data Laboratory

On note ainsi la composition particulièrement élevée du Quinoa en Fer, Magnésium, Phosphore mais aussi Calcium, en comparaison avec d’autres céréales.
Sur le plan vitaminique, le Quinoa n’est pas en reste non plus, avec une présence intéressante des vitamines du groupe B, plus particulièrement la vitamine B2, autrement appelée, Riboflavine.
Comparé aux céréales, le Quinoa se révèle également riche en acides gras insaturés.

A signaler, les graines sont recouvertes de saponines, substances antinutritives, et de goût amer, que l’on élimine par lavage et frottement.

Un peu d’Economie

Depuis une quinzaine d’années pour répondre à la demande grandissante de l’Europe, des États-Unis, du Canada, et du Japon, les pays traditionnellement producteurs, Bolivie en tête, augmentent leur production de quinoa pour l’exportation, ce qui pose de sérieux problèmes puisque les terres propices ne sont pas extensibles et le rendement assez faible.

Culture traditionnelle sur les pentes <br /><b>Photo de Thierry Winkel, IRD, 9 mai 2003</b>

Culture traditionnelle sur les pentes
Photo de Thierry Winkel, IRD, 9 mai 2003

La culture du Quinoa, traditionnellement cantonnée sur les pentes des volcans et tournée vers l’autoconsommation, se transforme peu à peu en une culture extensive, et s’étend dans les plaines sableuses, faciles d’accès pour les tracteurs. Ce développement se réalise au détriment des activités d’élevage devenues moins rémunératrices, avec la mise en culture des zones de pâturage des lamas. Malheureusement, cette culture, tournée vers l’exportation, voit ses rendements diminuer rapidement, les sols qui ne bénéficient plus de la fumure organique apportée par les troupeaux s’épuisent, les ravageurs sévissent plus facilement en plaine et les périodes de jachères ne sont plus suffisamment respectées. Les petits producteurs ont parfois recours aux pesticides et engrais non organiques, incompatibles avec une agriculture biologique et durable. Des problèmes sociaux viennent compliquer la situation, en relation directe avec l’accès aux terres cultivables.

Culture en plaine<br /><b>Photo de Roland Bosseno, IRD, jan.2005</b>

Culture en plaine
Photo de Roland Bosseno, IRD, jan.2005

Devant l’émergence d’une catastrophe annoncée, divers projets ont été mis en place pour étudier et favoriser localement une culture durable du Quinoa. Pour ne citer que les projets français les plus attendus:

  • Diverses publicationsCNRS: Journal de mai 2006
    IRD: Agrodiversité et Quinoa
    IRD: Programme Quinoa
    IRD: Quinoa, aliment durable
    CNRS et IRD:Réponse au froid
    CNRS, IRD et Gembloux Université: La Quinoa en Bolivie
    décrivent les projets communs menés par le CNRS de Montpellier et l’IRD de La Paz: étude portant sur la qualité nutritive des grains de quinoa en fonction de leur génotype et de leur mode de culture.
  • Un projet pluridisciplinaire financé par la France (2007- 2010): EQUECO.Présentation du projet EQUECO
    IRD et EQUECO: Emergence de la Quinoa
    Projet EQUECO: Les grandes lignes
    Mémoire de stage: Ivonne Acosta Alba
  • Le projet Intersalar, appuyé par la Commission européenne et le Ministère français des affaires étrangères, et mené par l’ONG française « Agronomes et Vétérinaires sans Frontières« , l’AVSF.l’ONG Agronomes et Vétérinaires sans frontières
    Conclusions du projet Intersalar
    Bolivie, un espoir de développement, Vidéo présentée ci-dessous

    L’AVSF réalise depuis 2003 un projet d’appui aux 1700 familles Aymaras (soit 30 communautés), et les recommandations tirées de cette étude visent à valoriser d’une production de montagne, plus contraignante mais plus durable. Cette ONG participe également au projet EQUECO présenté ci-dessus.

Voilà comment un commerce fut-il équitable et chargé des meilleures intentions du monde, peut facilement détruire un équilibre fragile, en bousculant des pratiques millénaires.

Documents
diaporama1
Pour tout savoir sur la culture du Quinoa,
un document très instructif de
Jean-Pierre Raffaillac de L’IRD
equeco1
Présentation du projet EQUECO,
IRD, EHESS, INRA, CIRAD, UM3, UTO,
UMSA, CNRS, CEA et AVSF.

Des tentatives de culture du Quinoa dans les pays du Nord sont en cours, avec des succès apparemment modérés, puisque cette plante n’apprécie ni la chaleur ni les jours longs et qu’elle est particulièrement sensible au mildiou. Les variétés susceptibles de mieux s’adapter au climat du Nord donnent des résultats décevants en terme de qualité pour un coût de production beaucoup plus élevé.

A noter: des essais de développement de cette culture ont été entrepris depuis 1999 au Maroc.Voir ce Bulletin du Ministère de l’Agriculture Marocain, d’octobre 2005, consacré aux Cultures alternatives
Qu’en est-il aujourd’hui?

Des idées pour cuisiner…

Voici quelques ouvrages, parmi beaucoup d’autres, qui vous feront découvrir si nécessaire la cuisine du Quinoa. Facile et rapide à cuisiner, il s’accommode comme le riz à toutes vos envies…

Ouvrages de cuisine
quinoa-cupillard1 quinoa-clea1 quinoa-dufour1

Télécharger le
Post en pdf


Liens et Références cités dans ce post

Webographie
AFSSA – Apport en protéines Publication Afssa 2007
USDA Nutrient Database Accès à base de données nutritionnelles
Le Quinoa en Bolivie Publication IRD
Programme Quinoa Progamme de l’IRD
Agrodiversité et Quinoa Programme de l’IRD
Quinoa, aliment durable Programme de l’IRD
Agrodiversité et contraintes climatiques Publication conjointe CNRS et IRD
Journal du CNRS – Mai 2006 Le quinoa, un succès à cultiver
Programme EQUECO IRD, Projet pluridisciplinaire
EQUECO – Résumé Les grandes lignes
EQUECO, Émergence du Quinoa Présentation du projet – pdf
Elevage et Agriculture Ivonne Acosta Alba – Mémoire
Projet Intersalar Projet de l’ONG Française AVSF
Espoir de développement Vidéo de l’AVSF
Entre Quinoa et Lama Vidéo de l’AVSF
Culture du Quinoa Jean-Pierre Raffaillac de L’IRD
Cultures alternatives Publication marocaine

Un commentaire pour “Quinoa: une petite graine très précieuse…

  1. Rétrolien : Quinoa: qualités nutritionnelles | Le blé en herbe

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