La folle nuit de Salloum…

L’installation, avant l’éclipse solaire totale

Pour voir les détails concernant l’Éclipse Solaire totale du 29 mars 2006: C’est ici
Nous sommes arrivés à Salloum, un peu fatigués par la route, au coucher du soleil, pour découvrir dans la lumière déclinante le petit nid douillet qui nous était réservé, à l’abri du vent.

Phil

Philippe devant nos tentes…
Sans bonnet ni chèche il a dû improviser face au froid!

Après quelques hésitations, eh oui il fallait bien choisir les compagnons avec lesquels nous allions partager un repos bien mérité, nous avons opté pour l’emplacement idéal : une grande tente, suffisamment éloignée des autres pour nous laisser admirer le paysage, ni trop loin ni trop près des toilettes, désolée, il faut parfois être très pragmatique, pas trop loin non plus du groupe électrogène dont la douce musique nous berçait déjà, et surtout occupés par six personnes fort sympathiques et pour la plupart déjà rencontrées lors de précédents voyages.
Nous découvrons alors l’agencement de nos couches, de superbes nattes alignées et recouvertes chacune d’une couverture avec pour chacun d’entre nous une boîte de mouchoirs en papier délicatement posée par nos hôtes Égyptiens. Avec le recul, nous ne savons toujours pas comment interpréter la présence de ces mouchoirs…

Nous voilà donc installés très confortablement, et le sourire aux lèvres, sortons nos lampes pour une première reconnaissance des lieux aux alentours. Nous visitons alors notre nouvel environnement, les allées alentours, paysagées d’ornières, avec bain de boue gratuit (cadeau inattendu de notre voyagiste et de la météo capricieuse) et dont certains sauront profiter, excellent pour la peau!), les sanitaires tout à fait fonctionnels et surtout, Monsieur pipi, personnage essentiel, gardien des lieux distribuant à l’unité de petits carrés de papier toilette, et que nous allions épuiser totalement de nos allées et venues incessantes sans en avoir vraiment conscience… Après un bon repas, et un concert de musique locale dans une ambiance très chaleureuse, certains parmi nous, les plus courageux mais surtout les mieux équipés, installent pied, monture et lunette sous un ciel finalement bien dégagé pour une observation passionnante. Un délice!

L’invitée Surprise

C’est alors que peu à peu nous l’avons sentie et nous avons compris… L’invitée surprise venait d’arriver ! Elle s’est insinuée sous les blousons, sous les polaires, sous les T-shirts, elle s’est invitée parmi nous, ravie de rencontrer autant de monde, si loin du monde, et bien décidée à nous tenir compagnie pour la nuit !
Un mouvement de panique s’en est suivi : certains, surpris et choqués de tant d’impudence ont fui les lieux pour se réfugier dans le bus, d’autres ont choisi de la braver courageusement !

Klo

Atmosphère froide et humide…

Avec nos six compagnons nous étions de ceux-là ! Habitués pour notre part aux frimas picards, l’épreuve préparée avec attention ne nous paraissait pas insurmontable : nous allions affronter debout (ce ne sera pas un vain mot) Dame HUMIDITE ! Elle allait pourtant déployer tous ses charmes au cours de cette nuit mémorable et avait pris soin de se répandre généreusement sur nos couches, nattes et couvertures respirant sa présence capiteuse.

Nos six compagnons de chambrée décident alors de tenter une exploration vers le bar tout proche, alors que Claude et moi, les jambes encore ankylosées du long chemin en bus, tentons de nous installer au mieux et constatons que nos nattes reposent, que dis-je, flottent sur un sol détrempé et que nos couvertures se révèlent dégoulinantes. Qu’à cela ne tienne, nous nous installons au mieux en compagnie de Dame Humidité pour un dialogue constructif : un chapeau de soleil, une chèche, tant pis pour le look, la voilà éloignée de nos oreilles, un drap de sac et hop pas de chance la voilà qui s’invite et joue les squatters. Mais nous restons stoïques et tentons une vague somnolence…

C’est alors, qu’arrive Ehmeda…

Ehmeda, personnage important dans cette histoire, magnifique dans le rôle que notre voyagiste lui a confié, celui d’ange gardien et qu’il remplira à merveille…

sesame

Notre sésame pour le camp…

Lorsqu’il pénètre sous notre tente plongée dans l’obscurité, et commence à farfouiller les affaires de nos compagnons, toujours à siroter leur thé, nous ne comprenons pas tout de suite qu’il s’agit d’une intrusion. Ce n’est que lorsqu’une, puis deux, puis trois couvertures nous recouvrent brutalement que parfaitement réveillés, nous réalisons que quelque chose d’anormal se produit. Avant que nous ayons pu réagir, notre invité surprise nous explique dans son mauvais anglais et juste avant de disparaître, qu’il s’appelle Ehmeda, égyptien de son état, et que si nous avons besoin de lui, il nous suffit de l’appeler !
Bien…

Nous savons pour l’avoir vécu en Libye que l’équipe de notre tour-opérateur peut se montrer très inventive lorsqu’il s’agit de tester ses voyageurs, mais là, vraiment nous sommes sidérés! Réalisant malgré la nuit noire que les couvertures dont Ehmeda nous a si gentiment recouverts appartiennent en fait à nos compagnons et que ceux-ci risquent, à leur retour, de ne pas apprécier la plaisanterie à sa juste valeur, nous nous levons et nous efforçons de remettre un peu d’ordre dans la tente, et refaisons comme nous le pouvons, les lits des six absents. Evidemment nous réalisons, qu’il s’agit là pour notre gentil Organisateur de tester notre solidarité, qu’à cela ne tienne, le piège est un peu gros et nous nous recouchons satisfaits de l’avoir déjoué !
Oui mais

Ehmeda, le retour…

A peine dix minutes s’écoulent avant qu’Ehmeda ne revienne, ne constate que les couvertures ont repris leur place respective, et un peu agacé n’entreprenne à nouveau de nous y envelopper ! Et là, un dialogue de sourd s’installe pour de bon : nous avons beau expliquer que nos compagnons vont revenir, qu’ils auront besoin de couvertures, d’ailleurs y en a t’il d’autres, quelque part, des couvertures, demandons-nous? Nous irons jusqu’à prononcer « couvertures sèches ? », Ehmeda ne veut rien entendre et imperturbable, nous recouvre entièrement d’un amoncellement de couvertures plus ruisselantes les unes que les autres en nous certifiant que nos six amis se sont réfugiés dans le bus et ne sont pas prêts de revenir!
Bigre, il faut bien avouer que notre voyagiste a fait fort cette fois-ci !
Un peu déstabilisés quand même mais pas du tout convaincus, nous entreprenons à nouveau la confection des lits. Nous n’aurons pas le temps de nous recoucher, Ehmeda revient et un peu énervé cette fois-ci renouvelle son discours sur l’abandon des six autres. C’est alors que nos compagnons reviennent de leur visite au bar : Ehmeda stupéfait, se confond en excuses mais ne s’avoue pas totalement vaincu et entreprend de me donner un cours particulier et néanmoins très énergique sur la réalisation du lit à la bédouine! Le sac à dos, l’appareil photo, tout a valsé, heureusement sans casse ! Et me voila momifiée sous la couverture détrempée!

Mu

Je voulais juste une couverture sèche…

Parmi les témoins de cette scène, il y en aura pour vous dire que l’abattement me gagnait à cet instant, mais n’accordez pas trop de crédit à leurs propos, j’avoue humblement avoir été quelque peu déstabilisée devant cet exercice inattendu et difficile mais point d’abattement, que nenni !
Après avoir devisé longuement avec nos compagnons de l’intérêt tout relatif de cette épreuve, préparée pour nous de main de maître, par notre gentil Organisateur, et partagé de nombreux fous rires, une fatigue bien naturelle nous gagne et chacun s’essaye à faire semblant de dormir…
Mais la nuit ne fait que commencer

Nouvelles péripéties

Faudra-t-il vous raconter que bientôt travaillée par un besoin naturel que Dame Humidité rend impérieux, je me retrouve vers une heure du matin devant la porte des toilettes, essayant frénétiquement d’en ouvrir la porte ? Souvenez-vous de Monsieur Pipi, épuisé de nos visites, il dormait quelque part, avec la clé…
Déconfite, peut-être même un peu fâchée, je déambule dans le camp et rencontre notre accompagnatrice, aux prises avec le même problème, et nous décidons de trouver un petit coin à l’abri des regards derrière un grand 4X4 pour soulager de concert notre envie: ce fut un moment de grande de convivialité !

Faudra-t-il vous conter que, rebutée par l’atmosphère détrempée de la tente, et décidée à parcourir le camp de long en large pour m’occuper, j’ai rencontré successivement nombre de mes compagnons, ai découvert pour eux les toilettes des hollandais, toutes proches et restées miraculeusement ouvertes ? je n’oublierai jamais leurs remerciements émus…

Faudra-t-il vous parler des rencontres étonnantes qu’il m’a été donné de faire, quelques temps plus tard, le brouillard tombant et escamotant toute vision à plus de dix mètres ?

  • Dois-je vous parler de cette dame probablement néerlandaise, rencontrée alors qu’elle divaguait en chemise de nuit légère, jambes nues dans la boue, avec sa petite lampe, me marmonnant des paroles que je n’ai pas comprises, et disparaissant dans la brume aussi subitement qu’elle était apparue ?
  • Faudra-t-il encore vous parler de cet homme, rencontré au petit matin, errant en slip, affolé et cherchant en vain la tente que peut-être il n’a toujours pas retrouvée ?

Pour ces moments surréalistes, aussi inattendus qu’inoubliables, je tiens à remercier notre gentil Organisateur

La guerre Franco Batave n’aura pas lieu…

guerre franco-batave

Grave incident diplomatique…

Faudra-t-il enfin vous parler du grave incident diplomatique déclenché par les néerlandais nous interdisant soudain à nous, pauvres français, quelle impudence, de fréquenter leurs toilettes ? La guerre Franco Batave a failli éclater au petit matin, à Salloum, avec les conséquences qu’on imagine !
Il a fallu l’intervention des Pompiers Égyptiens, alertés par la tension devenue palpable entre les deux camps, pour réveiller Monsieur Pipi et ramener le calme sur Salloum.
Il était temps!

Juste un thé au petit matin

juste un peu de thé

Juste un peu de thé…

Pour finir, je me dois de vous faire part du sentiment de grand bonheur et de reconnaissance éternelle,très sincèrement ressentis, lorsque nos hôtes égyptiens nous ont préparé, au petit jour, un thé d’une qualité exceptionnelle, un Lipton Yellow, merveilleusement chaud, le meilleur thé du monde à cet instant, récompense suprême et soyez-en sûrs très appréciée, après cette nuit quelque peu éprouvante…Et nous qui ne manquons jamais de rien, avons compris en nous jetant, et ce n’est pas un vain mot, sur ce thé chaud, combien nous étions d’ordinaire choyés par notre vie d’occidental privilégié.

Pour conclure

résultat de la nuit

Le résultat d’une nuit difficile…

En conclusion, ce mini stage style «camp de réfugiés» mais de luxe quand même, car nous étions très correctement nourris, nous aura beaucoup apporté.
Nous sommes devenus très compétents dans le gardiennage du stock de couvertures, prêts à les défendre bec et ongles si nécessaire.
Et quant à moi, je maîtrise parfaitement dorénavant l’art du lit à la bédouine.
Nous pensons donc très honnêtement et malgré les critiques faciles de certains de nos petits camarades avoir parfaitement réussi les épreuves. Sincèrement le test Ehmeda nous a paru superflu, mais chacun sait que les voies de notre voyagiste sont souvent impénétrables…

Cette mésaventure en pays désertique, mais néanmoins très humide, reste aujourd’hui dans nos mémoires comme un des meilleurs moments vécus lors de voyage et cela d’abord grâce à la gentillesse, même si elle se révélait parfois maladroite, de nos hôtes Égyptiens. Je n’oublierai jamais le sourire de ce cher Ehmeda, le lendemain, sourire mi gêné, mi amusé…

Sallum 2006

Souvenir de Sallum en Egypte – 2006Cliquer la photo

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